Vanessa D., 18 ans, anorexique, pèse 38 kg

 

Isolée dans un corps qu'elle déteste, la jeune femme a trouvé dans ce trouble du comportement alimentaire une façon de vivre et d'exister. Elle témoigne.


« Sans l'anorexie, j'ai peur de ne plus exister. » Vanessa a 18 ans. Jolie jeune fille, brune. Maigre. Ses leggings moulants noirs, son pull beige cintré, laissent deviner son corps. Ses os. « Je trouvais pire de m'habiller avec des vêtements amples... » Mais Vanessa ne sourit pas, ou peu. Elle est discrète, replie souvent ses jambes sur soi. Pourtant, elle vous regarde droit dans les yeux. Sans rougir et sans honte. « À vouloir lutter contre l'obésité avec leurs cinq fruits et légumes par jour, ils ne se rendent pas compte qu'ils ont fait exactement l'inverse », lâche-t-elle, sans colère. Presque sans émotion.


Cette maladie, cela fait 4 ans qu'elle lui colle à la peau. « Déjà petite, on disait que j'avais un appétit de moineau. » En 3e, Vanessa trouve qu'elle ne mange pas bien. Elle veut équilibrer ses repas, avoir une alimentation plus saine. « C'est là que les manies sont arrivées. » Les rituels du petit-déjeuner, avec chaque jour, son menu. « Il fallait que je range tout, tout de suite. Et j'ai fait de plus en plus de vélo d'appartement. Je regardais les compositions des produits, les étiquettes... »

Pas de diagnostic


Au mois de décembre, la collégienne n'était déjà pas bien lourde. 46 kg pour 1,60 m. « Au départ j'étais fatiguée, j'avais des crampes dans les jambes. Mais j'ai commencé à perdre du poids. Ça m'a plu et je n'avais pas l'impression de faire beaucoup d'efforts... » En mai, le conseiller principal d'éducation s'alarme. « Il m'a emmené voir le médecin scolaire. Je pesais 38 kg. »

Vanessa a peur. Prend conscience qu'elle doit reprendre des forces « mais à aucun moment on ne m'a dit que j'étais anorexique ». Avec sa famille, elle tente de tenir un programme alimentaire. « En juillet tout allait bien. J'avais repris 3 kg. Et quand je suis arrivée au lycée, c'était bien. Je mangeais quand j'avais faim. J'ai stabilisé mon poids à 42 kg pendant un an. »


La jeune fille décide de se diriger vers l'hôtellerie. « Les autres ont très vite compris que je faisais attention et dans ce lycée, l'apparence était très importante. » Le stage de fin d'année a eu raison de son régime alimentaire. Ses parents l'obligent à consulter un nutritionniste. Le diagnostic est posé : anorexie mentale. « Je pesais 37,5 kg. Elle m'a fait passer un contrat : si je descendais en dessous de 35 kg, c'était l'hôpital. »

Des compotes repas


Quelques semaines plus tard, le couperet tombe. « Finalement, je crois que c'est ce que je cherchais. Mon moral ne suivait pas. » Ce qui a vraiment été très pénible pour Vanessa a été la pose d'une sonde gastrique. « Je savais que c'était possible, mais je ne pensais pas que j'en étais là... » Après trois semaines d'hospitalisation, Vanessa retourne au lycée. Mais trois semaines plus tard, à 34 kg, elle doit y retourner. « Mon foie et mes reins commençaient à être atteints. »

Au lycée, les repas sont aménagés pour la lycéenne. Elle se nourrit presque exclusivement de compote repas. « C'est bon d'ailleurs. » Malgré une perte de poids, 33 kg, elle n'est pas hospitalisée « car mes analyses étaient bonnes ». » Et puis j'ai dû partir en stage, poursuit-elle. Je n'avais pas de balance. J'ai décidé de vivre ma vie comme elle venait. »


Aujourd'hui, Vanessa est loin d'être guérie. « Je suis dans la période du « lâcher prise ». C'est très violent. Je vois un chocolat par exemple, j'en ai envie mais je le balance. Si je ne mange rien à table, je pourrais prendre deux desserts... Et me sentir lourde, culpabiliser... » Quant aux pro-ana, nouvelle vague de jeunes femmes qui « jouent » à l'anorexie, Vanessa ne mâche pas ses mots : « C'est débile. L'anorexie n'est pas un choix. Je suis malade. Je suis quoi d'autre sinon ? »

Vanessa a peur. Peur de la boulimie. Peur de grossir. Peur de ne plus être anorexique. « Manger, ça fait mal », dit-elle. Elle ne s'aime pas, n'aime pas son corps. « Je sais que je ne serai jamais grosse. En étant anorexique, j'arrive à contrôler mon existence. J'aimerais juste qu'on me laisse manger quand j'en ai envie, en petites quantités. » Son objectif : ne pas faire plus de 39 kg. Et si elle pouvait en perdre, « je sais que je serais contente... »


Sophie DELAFONTAINE.

 

Vanessa voudrait venir en aide à d'autres jeunes filles et envisage de créer une association. Les personnes intéressées peuvent se faire connaître à la rédaction de Mayenne, parvis Notre-Dame, tél. 02 43 08 96 50.

 

Source: laval.maville.com

 

 

 

 

 

 

 

 



10/01/2012
0 Poster un commentaire

Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 7 autres membres