Un fléau qui touche actuellement 70.000 adolescentes

 

La Haute autorité de santé publie jeudi des recommandations à destination des médecins, mais aussi des patients et de leur entourage, pour mieux prendre en charge cette maladie mentale. Un fléau qui touche actuellement 70.000 adolescentes.

Une jeune fille qui prétexte être écoeurée pour ne pas manger, qui coupe ses aliments en petits morceaux pour donner l'impression qu'elle se nourrit ou qui affirme ne pas avoir faim. Armée d'une volonté inébranlable, elle voit ses kilos s'envoler au fil des jours. Une victoire pour elle, mais un cauchemar pour son entourage qui la voit s'enfoncer un peu plus chaque jour dans l'anorexie. Cette dernière concerne environ 2% des femmes, dont 70.000 adolescentes. Une maladie «mentale», qui touche des filles dans neuf cas sur dix.

Face à ce fléau, la Haute autorité de santé (HAS) a décidé de publier en partenariat avec l'AFDAS-TCA* des recommandations pour aider les médecins et les familles, souvent désarmés face à cette maladie sans médicament. Une première en France où il n'existait jusqu'alors pas de «cadre» pour la prise en charge de l'anorexie. A l'origine de ce travail, deux spécialistes de l'adolescence et des addictions : les professeurs de psychiatrie Philippe Jeammet et Jean-Luc Vénisse.

«Un diagnostic tardif et une prise en charge initiale inadaptée peuvent entraîner des conséquences graves», préviennent les deux spécialistes dans leur rapport, un risque de décès existant dans 20% des cas. Ils préconisent donc un repérage de l'anorexie mentale «précoce» afin de prévenir du risque d'évolution «vers une forme chronique et des complications somatiques, psychiatriques ou psychosociales».

 

«Prise en charge multidisciplinaire»

Parmi les signes avant coureurs : le ralentissement de la croissance, l'absence de règles chez l'adolescente ou encore une perte de poids supérieure à 15%. Quelques questions à poser à la personne concernée peuvent également permettre de repérer les comportements à risques : lui arrive-t-elle de se faire vomir parce qu'elle se sent mal d'avoir trop mangé ? Avoir perdu le contrôle de ce qu'elle mange l'inquiète-t-elle ? A-t-elle récemment perdu plus de 6 kg en 3 mois ? Les autres la trouvent-ils trop mince alors qu'elle pense être trop grosse ? Dirait-elle que la nourriture domine sa vie ? En cas de réponse positive à au moins deux questions, il est fortement possible que le patient souffre d'anorexie.

«Une fois le diagnostic posé, la prise en charge est multidisciplinaire. Elle fera intervenir au minimum un psychiatre (un pédopsychiatre ou un psychologue) et un somaticien, autrement dit un médecin généraliste ou un pédiatre», poursuit le rapport. Le premier s'occupera de la souffrance psychique du patient, tandis que le somaticien veillera à la renutrition. Une articulation primordiale dans le suivi du malade. «Après le diagnostic initial, l'anorexie devra être évaluée au moins une fois par mois et plus fréquemment si l'état du patient est fluctuant et évolutif», conseille les auteurs des recommandations, précisant que ces thérapies devront se poursuivre pendant «au moins un an après une amélioration clinique significative».

 

Hospitalisation au cas par cas

L'hospitalisation à temps plein n'est en revanche pas automatique. Elle doit se décider au cas par cas selon des critères physiques et biologiques (perte de poids rapide, hypoglycémie, etc.), psychiatriques (risque suicidaire, abus de substances comme les médicaments, etc.) et environnementaux (problèmes familiaux…), expliquent Philippe Jeammet et Jean-Luc Vénisse pour qui «l'hospitalisation ne repose pas sur un seul critère, mais sur leur association et leur évolutivité».

Des fiches de synthèse ont donc été créées afin d'aider les professionnels de santé à poser le bon diagnostic. Près de 100.000 médecins généralistes et scolaires vont les recevoir prochainement. Des documents d'information, destinés aux patients et à leur entourage, seront également disponibles dans les cabinets médicaux. Objectif : comprendre cette maladie pour mieux la guérir.

* Association française pour le développement des approches spécialisées des troubles du comportement Alimentaire

 

 

Par Marion Brunet, www.lefigaro.fr

 

 

 

 

 

 



01/03/2011
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