Séparation et dépendance

 

 

 

Présent à des degrés divers dans la boulimie, l'angoisse de séparation est définie arbitrairement comme survenant avant l'age de 18 ans. Mais ses caractéristiques essentielles peuvent se prolonger, évoluer et se rencontrer chez l'adulte, entre autres avec la personnalité dépendante. Dans certains cas, ces deux entités participent à la construction d'un trouble alimentaire. 


 

L'angoisse de séparation : outil nécessaire du développement de l'enfant 
 

 

Avant d'aborder le trouble Angoisse de séparation, il convient de décrire ce que l'on nomme Angoisse de séparation développementale : l'angoisse de séparation est un repère fondamental et nécessaire dans le développement d'un enfant. Il est le révélateur de l'attachement :
- Deux premiers mois : le bébé recherche les stimulations sensorielles, qui l'apaisent.
- Trois à six mois : peur de la solitude. Le nourrisson est apaisé par une présence, quelle qu'elle soit.
- A six, sept mois : l'attachement se personnalise, devient sélectif. Il y a les familiers qui apaisent et les étrangers qui inquiètent ou font peur.
L'angoisse de séparation développementale est donc une étape importante, dans le sens où elle permet et révèle de nouvelles compétences :
- Discrimination, capacité de comparaison
- Différenciation, personnalisation des réponses émotionnelles selon la situation et les informations perçues.
- L'attachement met en place un réseau de stabilité, de confiance qui stimulent l'envie de découverte à partir de la base maintenant connue et différenciée.
Différence avec le trouble Angoisse de séparation, traité plus loin, l'angoisse de séparation développementale va disparaître peu à peu. A 18 mois, les séparations vont être mieux tolérées : la maman ou la figure d'attachement va rester réelle, vivante, bien qu'absente, grâce à une représentation mentale qui s'élabore.
Ainsi peuvent s'enchaîner, développement des compétences sociales, accès à la culture, aux divers apprentissages jusqu'à la conquête de l'autonomie.
L'angoisse de séparation développementale est donc la première étape, naturelle et nécessaire de tout apprentissage.

 


 

L'angoisse de séparation en tant que trouble  

 

Anxiété excessive lorsque l'enfant ou l'adolescent est séparé des personnes auxquelles il est attaché.

 

Trois séries de signes (Mouren-Simeoni et coll.) :
 
 
1) Détresse
 
Détresse (pleurs, colères, angoisses jusqu'au trouble panique) lors de la séparation, pour le jeune enfant mais aussi lorsque la séparation est imminente lorsque l'enfant peut anticiper, prévoir ou appréhender.
Selon l'âge, les manifestations somatiques sont diverses :
- chez l'enfant : nausées, maux de tête, maux d'estomac
- chez l'adolescent : palpitations, tremblement, sensations d'évanouissement, gêne ou oppression respiratoire, …
L'accessibilité aux proches et surtout à la mère est le souci de chaque instant. Les enfants restent au plus proche de leur mère ou prennent régulièrement et systématiquement des informations sur sa présence.
Conséquemment, l'enfant paraît souvent capricieux, exclusif ou colérique mais peut également, par peur de la séparation adopter une attitude sérieuse, obéissante, toujours tournée vers le plaisir de l'entourage.
 
 
2) Rumination, préoccupations morbides
 
Les craintes de l'enfant portent essentiellement sur sa famille ou sur lui-même (maladies, accidents, agressions, rapt, terreurs nocturnes tournant autour de la séparation, de la mort…).
Ces peurs peuvent, avec l'adolescence se transformer en obsessions ou prendre la forme d'une anxiété généralisée, plus diffuse mais souvent morbide.
 
 
3) Nostalgie et désir de réunion familiale
 
Malaise lors de l'éloignement, pensée obnubilée par des images de retrouvailles, …
 
 
Schématiques, ces trois séries de signe sont bien sûr présentes à des degrés divers selon l'enfant. De manière constante et diffuse, de manière sporadique mais aigüe, le trouble angoisse de séparation peut prendre de nombreux visages.
 
 
Angoisse de séparation selon le DSM III-R
 
 
A. Anxiété excessive concernant la séparation d'avec les personnes auxquelles l'enfant est attaché, comme en témoignent au moins trois des manifestations suivantes :
 
 
(1) Peur irréaliste et persistante d'un danger possible menaçant les personnes auxquelles l'enfant est principalement attaché, ou peur que celles-ci partent sans revenir.
(2) Peur irréaliste et persistante qu'une catastrophe imminente ne sépare l'enfant d'une des personnes auxquelles il est principalement attaché : par exemple, l'enfant va se perdre, être kidnappé, victime d'un accident…
(3) Réticence persistante ou refus d'aller à l'école afin de rester à la maison ou auprès des personnelles auxquelles il est principalement attaché.
(4) Réticence persistante ou refus d'aller dormir sans être près d'une personne à laquelle il est principalement attaché, ou d'aller dormir en dehors de la maison.
(5) Evite systématiquement de rester seul à la maison, notamment s'agrippe et suit comme une ombre les personnes auxquelles il est principalement attaché.
(6) Rêves angoissants répétés à thème de séparation.
(7) Plaintes somatiques (par exemple : maux de tête, douleurs abdominales, nausées, vomissements) très souvent les jours d'école,, ou en d'autres occasions quand il y a anticipation d'une séparation d'avec les personnes auxquelles l'enfant est particulièrement attaché.
(8) Signes ou plaintes répétitives d'une angoisse extrême lors d'une séparation anticipée de la maison ou d'avec une personne à laquelle l'enfant est principalement attaché. Par exemple : crises de colère ou pleurs, demandes pressantes aux parents de ne pas partir.
(9) Plaintes à répétition, témoignant d'une angoisse extrême quand l'enfant est séparé de la maison ou d'avec les personnes auxquelles il est principalement attaché. Par exemple : veut retourner à la maison, a besoin d'appeler les parents quand ceux-ci s'absentent ou quand il n'est pas à la maison.
 
 
B. Durée de la perturbation : au moins deux semaines
 
 
C. Survenue avant l'âge de dix-huit ans
 
 
D. Ne survient pas exclusivement au cours de l'évolution d'un trouble envahissant du développement ou d'un trouble psychotique.
 

On constate une forte angoisse de séparation entre autres chez les personnes souffrant de boulimie et en age de s'autonomiser, qui partent faire des études, trouvent un travail ou s'installent en couple. La personne a quitté le système mais en souffre. La compétition se continue à distance et les crises peuvent être également un moyen indirect pour certaines de retrouver un contact avec la famille nourricière ou de la contrôler à distance (lorsque le trouble est connu). Les crises peuvent également constituer un moyen de se replonger dans ce système auquel elles pensent avec nostalgie et dont le trouble alimentaire constitue une réminiscence. L'angoisse peut être également générée par la séparation du père et du foyer si il y avait une atmosphère de concurrence mère-fille. La jeune fille n'est plus au contact de son père, ne contrôle plus la situation de rivalité. 


  
 

Personnalité dépendante  

 

Le terme de dépendance affective, à la mode, ne répond à rien de précis. Le terme de personnalité dépendante, décrit par le DSMIV correspond assez souvent à un continuum de l'angoisse de séparation et se révèle assez souvent dans les troubles alimentaires.

 

Il peut se définir ainsi :

 

- Besoin général et excessif d'être pris en charge
- Comportement soumis et « collant »
- Peur de la séparation
- Apparition au début de l'âge adulte
- La dépendance peut se révéler dans un couple, mais aussi dans le rapport à un ami, un membre de la famille…
- Pour répondre au diagnostic de personnalité dépendante, il faut répondre à 5 des critères suivants :
 
 
1. Le sujet a du mal à prendre des décisions dans la vie courante sans être rassuré ou conseillé de manière excessive par autrui.
2. Le sujet a besoin que d'autres assument les responsabilités dans la plupart des domaines importants de sa vie.
3. Le sujet a du mal à exprimer un désaccord avec autrui de peur de perdre son soutien ou son approbation.
4. Le sujet a du mal à initier des projets ou à faire des choses seul (par manque de confiance en son propre jugement ou en ses propres capacités plutôt que par manque de motivation ou d'énergie).
5. Le sujet cherche à outrance à obtenir le soutien et l'appui d'autrui, au point de se porter volontaire pour faire des choses désagréables.
6. Le sujet se sent mal à l'aise ou impuissant quand il est seul par crainte exagérée d'être incapable de se débrouiller.
7. Lorsqu'une relation proche se termine, le sujet cherche de manière urgente une autre relation qui puisse assurer les soins et le soutien dont il a besoin.
8. Le sujet est préoccupé de manière irréaliste par la crainte d'être laissé à se débrouiller seul.
 

Bien qu'apparemment sous contrôle, la personne souffrant de boulimie développe assez fréquemment des caractéristiques propres à la personnalité dépendant : faible estime de soi et donc besoin de réassurance, peur de déplaire, de faire des erreurs et donc de choisir, difficulté à évoluer en dehors du système familial,… La remise en cause de la boulimie correspond assez souvent à la résolution de ces différents points et à l'acquisition des compétences qui correspondent : avoir la capacité de choisir, prendre ses responsabilités, exprimer son désaccord, s'affirmer, avoir confiance en soi, ...

 

Source: www.troublesalimentaires.org

 

 

 

 

 



16/06/2010
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