Par pitié, ne jugez pas les anorexiques

L'anorexie, maladie qui entraîne un changement physique spectaculaire, est un marronier de la télévision. Même si les images montrées sont parfois loin de la réalité. Souad Gojif explique la difficulté de vivre avec cette pathologie.

 

> Par Souad Gojif observatrice de tendances.

 

Un téléfilm et un reportage en une semaine à la télévision et c’est reparti… l’enfer des clichés sur les anorexiques, maladie de riche ou de fille capricieuse. Décidément, c’est une habitude que de relever le sujet chaque année.

 

Statue anorexique - Pierre Métivier/CC/Flickr.com

Statue anorexique (Pierre Métivier/CC/Flickr.com).

 

Non, l’anorexie ne touche pas que les femmes ou les jeunes filles. Non, toutes les anorexiques ne se forcent pas à se faire vomir pour être aussi maigres que les mannequins. Non, toutes les anorexiques ne se forcent pas à mourir de faim. Non, toutes les malades atteintes de cette pathologie n’ont pas rêvé de défiler ou de ressembler aux tops model. L’anorexie par mimétisme est assurément rare.

 

Je suis... je ne sais pas quoi. Il a bien fallu une année pour sortir le mot sans en avoir honte. Eh quoi, je n’arrive pas à manger. Je ne le fais pas exprès, j’ai un dégoût infini de la nourriture, de la bouffe, des odeurs, des matières, rien que d’y penser j’ai des nausées.

 

C’est quand même fou de "manger" des images et des mots au point d’avoir des nausées. Des nausées jusqu’à avoir des taches de sang aux contours des yeux. Rien à vomir. La pression remonte de bas en haut. Le ventre est vide, l’estomac me fait souffrir. Je reste immobile, j’attends, je prie pour que cela passe. Je pleure. Je me demande pourquoi. Pourquoi moi.

 

Je cherche des causes mais rien. Je n’ai pas de problèmes flagrants. Tout va bien globalement. Évidemment, j’ai des angoisses comme toutes les femmes.

 

Je voudrais juste qu"on arrête me dire : "essaye de manger ce que tu aimes", ce qui me fait doublement culpabiliser. Je réponds que je n’aime rien. Plus rien n’a de goût. C’est comme cela. Je ne suis pas capricieuse, je ne fais pas semblant, je ne cherche pas à me faire aimer. Je sais qu’on m’aime : ma famille, mes amis ne cessent de me le faire sentir. Je ne cherche pas à attirer l’attention, j’ai été la vedette de ma famille des années, c’était marrant, mais je ne cherche pas à être en première position au sein des miens.

 

Je culpabilise parce que sans le vouloir je détruis ce qu’il y a de plus cher au monde : ma santé, ma vie. Je me détruis. Ce n’est pas de l’auto-destruction, j’aime trop rire, et la vie pour vouloir la quitter. J’aime trop les autres. Surtout mes proches qui souffrent aussi à cause de moi. D’où une double culpabilité. Cela ne m’aide pas dans mon combat. Bien au contraire. Je m'en veux tellement. Ils ne méritent pas de se soucier de moi ainsi. Je me sens épanouie, je ne suis pas une adolescente. Je suis une femme, une maman, une épouse.

 

Il y a eu un jour un bug dans mon fonctionnement qui m’a amené en deux années à atteindre un poids très inquiétant et fragilisant. Paradoxalement, j’ai cette boulimie d’aller vers le savoir, je veux faire, je veux fabriquer. Ma faiblesse physique a été une véritable "bénédiction". Faible, je suis plus sensible au monde qui m’entoure, aux personnes qui font mon monde, j’éprouve de l’empathie. J’essaye de ne pas juger les attitudes des autres mais de les comprendre et de compatir. Au fond qui souhaite être mauvais sur Terre ?

 

Cette fragilité physique a détruit – et j’en suis heureuse – une "carapace" artificielle qui n’avait vraiment pas lieu d’être. Elle m’empêchait de vivre. Je sais que je sortirai de cette "mauvaise période".

 

Mais …

 

Par pitié, ne jugez plus ces maigres, cadavres sans âmes et sans regard que vous croisez dans la rue. La force physique inexistante ne nous permet pas de nous épanouir et de vous montrer qu’il reste peut-être en nous une flamme à raviver. Par pitié, arrêtez les préjugés. Ne cherchez pas à comprendre. Parce qu’on vous dégoûte, parce qu’un corps maigre, "cadavérique", un visage sans vie et sans artifice attise votre curiosité, vos regards nous dérangent, nous poussent vers le bas, vers la tombe. Ces regards nous enfoncent dans une tombe imaginaire. Offrez-nous un sourire, un rien nous rend la vie rose.

 

C’est ainsi. Je ne me laisserai pas avoir par cette maladie, et surtout par tous les symptômes de celle-ci. Je lutte. C’est difficile, alors j’ai dit stop aux réflexions déplacées et j’attaque. Si ma maigreur dérange ou enchante, car certains jouissent du malheur des autres, vous avez le choix de rester ou de partir.

 

Source: leplus.nouvelobs.com

 

 

 

 

 



24/11/2011
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