Obésité : le prétexte soda du gouvernement


Mercredi soir, François Fillon a annoncé une taxe sur les boisons sucrées, destinée à la fois au financement de la sécurité sociale et à soutenir la lutte contre l'obésité. Une décision jugée "inacceptable" par les producteurs tandis que les nutritionnistes pointent une "mesure gadget".


Les sodas sont dans le viseur du gouvernement français. Mercredi, dans le cadre de son plan d'austérité, François Fillon a annoncé l'instauration d'une taxe sur "les boissons sucrées dont une consommation non maîtrisée favorise la prise de poids". Dans la documentation accompagnant son train de mesures fiscales, le gouvernement met en avant "la prévalence de l'obésité", qui s'élevait à 8,5% en 1997, et atteint désormais près de 15%, soit une progression de plus de 70% en 12 ans.

L'idée n'est pas si nouvelle : lors des débats sur le projet de loi de finances de la sécurité sociale (PLFSS) de 2008, le sénateur UMP Alain Vasselle défendait à l'époque un tel impôt sur la consommation. L'idée était de combattre la progression de l'obésité et du diabète, tout en finançant l'assurance-maladie", explique-t-il au JDD.fr. Le sénateur évoque d'ailleurs une "addiction" aux sodas. "On voit bien l'effet du coca-cola, pour ne prendre qu'un exemple, aux Etats-Unis", lance-t-il.

"On peut grossir en mangeant des yaourts à 0%!"

Selon une étude de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), les boissons sucrées affichent une densité calorique majeure et une forte valeur énergétique sans pour apporter pour autant de satiété. Par ailleurs, elles apportent à notre organisme une grande quantité de glucides simples, qui peuvent se transformer en graisses, provoquant la prise de poids. Si les nutritionnistes ne contredisent pas ces conclusions, ils restent toutefois sceptiques quant à une taxe anti-sodas. Cette mesure contraignante, jouant sur le pouvoir d'achat du consommateur, "est une mauvaise idée", selon Bernard Waysfeld, nutritionniste et président du Groupe de réflexion sur l'obésité et le surpoids (Gros) joint par leJDD.fr.

"Une telle taxe impliquerait une forme de manichéisme, selon lequel il y aurait des bons ou des mauvais aliments", explique-t-il avant d'ajouter : "Tout est question de mesure. Tout aliment peut devenir 'mauvais' s'il est ingurgité en grande quantité. On peut grossir en mangeant des yaourts à 0%!" De plus, une taxe nutritionnelle provoquerait une forme de stigmatisation de certains aliments, "et donc de certains individus qui mangent ces aliments", insiste Bernard Waysfeld.

Addiction présumée

De plus, "l'addiction" aux boissons sucrées n'a jamais été prouvée. En 2010, un chercheur anglais à l'université de Swansea, David Benton, démontre qu'il n'y aucune dépendance au sucre : "Il n'est pas nécessaire d'en consommer toujours plus pour obtenir l'effet recherché" et "il n'y a pas de symptômes physiques ou psychiques de sevrage à l'arrêt de la consommation de sucres", écrit-il dans son étude.

Les producteurs, eux, sont logiquement opposés à la mesure. Pris de courts par l'annonce surprise de cette taxe, leur association ne décolère pas depuis mercredi soir. Sur Europe 1, Jean-René Buisson, le président de l'association nationale de l'industrie agro-alimentaire, a déclaré accepter "de participer à l'effort national" mais "à condition qu'il corresponde à quelque chose de fondé et de logique". "Nous ne sommes pas l'alcool, nous ne sommes pas le tabac ni la drogue", a-t-il encore réagi, choqué de voir les sodas stigmatisés comme des produits dangereux.

Ces arguments, le gouvernement les avait entendus en novembre 2007, quand Eric Woerth, alors ministre du Budget, décida de supprimer du PLFSS 2008 la taxe sur les boissons sucrées alors voulue par Alain Vasselle. Quatre ans plus tard, le gouvernement semble avoir accepté le raisonnement, mais sans doute davantage pour des raisons pécuniaires. La mesure devrait en effet générer 100 millions d'euros. Selon le sénateur UMP, "si l'on déplace le curseur de la taxe, son profit pourrait même s'élever à 200 millions d'euros." Pour une fois, la santé publique rapporte.



Source: Gaël Vaillant - leJDD.fr

 

 

 

 

 

 

 

 



27/09/2011
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