Marcel Rufo, spécialiste de l'enfance et de l'adolescence, explique les contours méconnus de l'anorexie

 

Marcel Rufo (chef du service médico-psychologique de la famille et de l'enfant au CHU Sainte-Marguerite de Marseille) a l'habitude de cotoyer des malades d'anorexie : des adolescents, des femmes mais aussi des hommes et des mannequins. Il nous explique les profils type de ceux qui en souffrent, pourquoi l'anorexie entraîne la mort et comment il faut la soigner.

 

France Soir - Y a-t-il un profil type des malades de l'anorexie ?


Marcel Ruffo -
Il existe deux réponses. Il y a d'un côté les adolescents et de l'autre les femmes. Selon les statistiques, l'anorexie concernerait environ plus de 30.000 adolescents. D'autant que 40 à 50% de ces jeunes se déclarent intéressés par la maladie. Je donnerais même un conseil à l'adresse des parents : lorsqu'un régime réussit trop bien chez un adolescent, il faut s'en méfier !

Pour les deuxièmes : les femmes adultes, il s'agit d'un problème de l'estime de soi. Elles ne se trouvent jamais assez maigres. Ces femmes sont aussi souvent sur la défensive et mystérieuses. Elles sont charmantes jusqu'au moment où on parle de l'anorexie, elles pleurent et se mettent alors en colère. 

 

F-S.fr - S'agit-il d'une maladie féminine ?


M.R. -
En général on dit « un garçon anorexique pour dix femmes ». Mais il me semble que l'on rencontre de plus en plus de garçons, surtout parmi les malades vomisseurs.

 

F-S.fr - En quoi l'anorexie est-elle une vraie maladie ?


M.R. -
Selon les statistiques, le taux de mortalité entraîné par l'anorexie est de 5 à 22 %, ce qui en fait une maladie grave. Il s'agit aussi d'une maladie psychologique voire psychiatrique. Cependant, elle est très singulière car la maladie est plus forte que le sujet et s'impose au malade. L'image de son corps est complétement dénaturée entre fascination et rejet.

 

F-S.fr – Comment la maladie entraîne-t-elle la mort chez ceux qui en souffrent ?


M.R. -
La cause principale de la mort des malades est le suicide. Après il s'agit de plusieurs causes médicales comme des troubles de la résistance de l'organisme à des infections pulmonaires par exemple ou alors des troubles cardiaques, lorsque les femmes sont des malades qui vomissent. Car le cœur est un muscle aussi qui peut donc maigrir et rétrécir. Le rythme cardiaque est donc ralenti. Elles forcent alors sur un cœur épuisé. De plus, elles manquent de potassium alors que ce matériau chimique draine le moteur électrique cardiaque.

La maladie entraîne aussi des des fractures du radius (os de l'avant-bras, ndlr) chez les jeunes femmes, car elles ont l'ostéodensité d'une femme de 65 ans ou d'une femme ménopausée.

 

F.S.fr – Comment soigne-t-on l'anorexie ?


M.R. -

Dans un milieu hospitalier et avec une équipe médicale, grâce à des techniques de renutrition par médicaments, et aussi avec le soutien des parents. Il faut savoir que 80 % des anorexiques guérissent. Ce qui est un joli chiffre mais la rechute est fréquente, car elle fait partie de la maladie.
Il existe aussi une carrière de l'anorexie adulte qui s'organise tout au long de la vie. Elle colle par exemple à un mode de vie isolée. De plus, il existe la fameuse alternance de la maladie, à savoir : période d'anorexie/période de boulimie, qui concerne environ 20 à 30 % des malades.
L'anorexie peut aussi être parfois un symptôme d'autres pathologies psychiatriques. Pour environ 5% des malades, elle les protège ainsi de troubles plus lourds.
Pour finir, l'anorexie se soigne surtout par une thérapie psychologique ou psychiatrique.

 

Source: www.francesoir.fr

 

 

 

 



04/01/2011
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