Laeticia Hallyday

 

 

 

Boulversée par sa transformation

 

 

 

ELLE. Pourquoi sembliez-vous si bouleversée devant votre transformation ?

LAETICIA HALLYDAY. J'ai détesté tellement longtemps le reflet que me renvoyait le miroir. Des événements m'ont aidée peu à peu à m'apaiser. Mais poser pour ELLE, et en osant bousculer une image rassurante de moi, je n'aurais pu l'espérer.

   

ELLE. Difficile de comprendre que vous ayez pu vous trouver laide, être en conflit avec votre corps


L.H. Pourtant, oui, je reviens de loin. Adolescente, j'ai été anorexique, je me laissais mourir. Cela remontait certainement à bien avant. J'ai eu une enfance en apparence heureuse, à Vias, un petit village près du Cap d'Agde. Même quand mes parents ont commencé à s'éloigner l'un de l'autre, je n'ai pas eu l'impression d'en souffrir. Mon père est un battant, il vient d'une famille de pêcheurs. Ma mère, qui vient d'un milieu bourgeois de pharmaciens et de chirurgiens, a été très choyée et elle est toujours restée un peu petite fille, d'une grande gentillesse mais ne sachant pas prendre de décisions. Ils tenaient un restaurant. Moi, j'habitais chez mon arrière-grand-mère paternelle, que j'adorais. Elle passait son temps dans les hôpitaux pour distraire les malades, leur faire des manucures, et je l'accompagnais. Elle m'apprenait qu'il fallait donner pour recevoir. Du coup, je m'oubliais, je prenais en compte la vie des autres, je souriais pour faire plaisir, mais je ne savais pas m'aimer. A 11 ans, on m'a envoyée en pension à Béziers. J'étais perdue, j'ai fini par fuguer, pieds nus, une nuit. On m'y a renvoyée. Puis, il y a eu le divorce de mes parents, et mon père est parti à Miami où il a ouvert une boîte de nuit. Cet été-là, en vacances chez lui, avec mon frère, Grégory, qui a dix mois de moins que moi, nous l'avons découvert amaigri, malade, s'enfermant dans le noir, suicidaire, parce que sa compagne l'avait quitté. Mon frère est rentré en France. Moi, je suis restée pour le soigner. J'avais 13 ans.

 

ELLE. Comment votre famille a-t-elle pu vous laisser prendre seule et si jeune une telle décision ?

  

L.H. Ce n'est pas moi qui ai choisi. Cela paraissait naturel à tout le monde : j'avais appris à m'occuper des gens avec mon arrière-grand-mère. Je n'étais quand même pas isolée : il y avait un psy français qui me conseillait et une amie de mon père qui venait le voir. Mais je n'étais pas scolarisée, je me consacrais à lui, j'essayais de lui redonner le goût de vivre, je faisais son ménage, les repas. Quand il s'en est sorti, je ne savais plus quoi faire de moi. J'ai souhaité disparaître, je ne mangeais plus. Pourtant, je ne lui en veux pas du tout. Au contraire, je considère que c'est une chance d'avoir vécu avec cet homme excessif. Cela m'a aidée, quand j'ai connu mon mari, à comprendre comment il fonctionnait et à trouver ma place à ses côtés, ce qui n'était pas évident.

 

 


ELLE. Vous avez épousé votre père, en somme ! Et avec Johnny, vous avez continué à tenir un rôle d'ange gardien

  

 

L.H. C'est vrai, j'ai épousé mon père ! Mais c'est mon mari qui m'a sauvée. Moi, je n'ai pas réussi à l'éloigner de tous ses démons : l'alcool semble l'aider à surmonter ses angoisses et ses manques, notamment celui d'avoir grandi sans ses parents. En 1994, au moment où nous nous sommes rencontrés, j'étais aussi déglinguée que lui malgré mon sourire permanent et mes anglaises bien sages. J'avais 19 ans, je venais de sortir d'un séjour à l'hôpital, mais l'anorexie était toujours là. C'est par son regard, très beau, posé sur moi, que j'ai commencé à exister et à guérir. Enfermée dans mes difficultés, loin de la France, je ne savais pas vraiment qui il était. D'ailleurs, je n'ai jamais réussi à l'appeler Johnny ; Johnny, c'est un personnage qui appartient au public. J'ai su tout de suite qu'on n'était pas si différents et que nous nous étions trouvés. Quatre jours plus tard, il est rentré en France. On s'envoyait des fax passionnés puisqu'il n'y avait pas de portables, à l'époque. Il disait tout : ses blessures, la drogue, la peur d'aimer. Moi aussi, je me confiais enfin. Je n'avais eu aucune relation amoureuse avant lui. Enfant, je rêvais du Prince charmant ; jeune fille, je ne savais plus rêver.

  

ELLE. A vous voir si mince, on s'interroge : l'anorexie, c'est vraiment fini ?

  

 

L.H. Cette maladie est loin derrière moi, j'en suis sûre. Mais, quand je m'inquiète, quand quelque chose me tracasse, je ne peux rien avaler. Et ces derniers mois ont été très chamboulés : il y a eu le cancer de mon mari, pas grave en soi puisqu'il a été dépisté très tôt. Mais les suites opératoires ont été compliquées. Pendant quarante-huit heures, il a été en danger. Puis, juste après, la nounou des enfants a eu un grave accident de voiture. C'est une jeune fille que j'aime beaucoup ; j'ai passé plusieurs jours à son chevet. Maintenant, c'est mon frère Grégory qui ne va pas bien. En dépression, il s'est réfugié chez nous et je le materne. Et puis, il y a eu toutes ces rumeurs de rupture. On a dit que je vivais à Los Angeles parce que j'avais quitté mon mari. Or, c'est lui qui a décidé de scolariser nos filles là-bas. Quand il n'est pas en tournée, c'est là-bas qu'il répète avec ses musiciens américains, c'est là-bas qu'il enregistre. Nous y partons ensemble dans quelques jours pour retrouver Jade et Joy qui nous manquent beaucoup. En notre absence, leur nounou s'occupe d'elles, et Sylvie Vartan veille aussi, car j'ai pu construire une belle relation avec la première femme de mon mari. Je ne peux pas m'empêcher de constituer des tribus !

 

Source : www.elle.fr                                    

 

 

 

 

 



19/06/2010
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