L'abstinence

  

 

L'abstinence dans l'anorexie consiste à mettre en place un système qui neutralise, anesthésie les émotions de peur qu'elles débordent, et d'obtenir grâce au trouble des bénéfices secondaires non négligeables.

 

Le terme "abstinent" est issu des travaux, entre autres de Nardone, directeur du Centre de Thérapie Stratégique d'Arezzo (Italie).

 

La personne anorexique est intelligente et hypersensible. Evoluant dans un contexte de contrôle, elle essaie de contrôler notamment ses émotions. Le terme « émotion » vient du latin e movere, qui veut dire sortir. Autant dire qu'essayer de contrôler une émotion (la garder, l'empêcher de sortir) constitue une gageure. Comme souvent, à l'hypersensibilité, s'ajoute un fonctionnement anxieux : discours catastrophiste, pensée dichotomique (en noir ou blanc), insatisfaction, insécurité, peur de l'échec… Système d'autant plus irrationnel que ces personnes, intelligentes, exigeantes et perfectionnistes réussissent bien en général. A titre d'exemple, je suis souvent étonné de voir venir à moi une personne squelettique, au discours autocritique voire auto flagellant, une estime de soi au ras des paquerettes, mais qui m'apprend qu'elle vient de réussir son concours de première année de médecine !

 

Bref  la personne anorexique abstinente éprouve des émotions négatives, distordues, irrationnelles mais fortes. Elle découvre à un moment le bénéfice « miracle » de l'obsession : l'obsession permet de déplacer la totalité de l'attention vers autre chose que les émotions, domaine où le contrôle peut s'exprimer : le poids. Comme dans d'autres troubles, la focalisation sur le poids, l'abstinence, permet d'anesthésier les émotions gênantes ou tout ce qui peut être perturbant psychologiquement, émotions potentiellement débordantes, donc dangereuses.

 

Cet avantage est renforcé par d'autres bénéfices, appelés bénéfices secondaires :
- L'attention que la personne reçoit
-  Le sentiment de réussir quelque chose de spécial, d'être au-dessus des autres
- La réorganisation familiale que l'anorexie provoque (évoqué par ailleurs) 
-  L'euphorie et confiance apportées par le sentiment de contrôle
- La production grâce au jeûne de toxines dont les effets sont proches des amphétamines ou de la cocaïne
- L'état psychologique et physiologique qui produit agitation et extrême énergie, inépuisable, à l'image de certaines toxicomanies

On constate à la lecture de ces bénéfices, que toute intervention de l'entourage, portant sur la nourriture ou témoignant d'une affection ou d'une attention particulière grâce à l'anorexie augmentera les bénéfices secondaires et encouragera le trouble à se continuer (voire se développer).

 

Pourquoi l'anorexie, abstinente, s'aggrave-t-elle le plus généralement ? Une anesthésie est temporaire. Pour relancer l'anesthésie, il faut nourrir constamment l'obsession, être dans le « toujours plus, jamais assez » sinon le risque est grand de se trouver dans quelque chose d'émotionnel. D'où l'évolution pondérale irrationnelle trouvée dans l'anorexie, sa nature extrême est insatisfaite (la satisfaction serait trop dangereuse). Les personnes anorexiques deviennent par ailleurs « accrocs » aux bénéfices secondaires.

 

Dès lors, si l'on sort de l'obsession, si l'on quitte la focalisation anorexique, il y a risque de se retrouver face à ces émotions et de perdre le contrôle ainsi que les bénéfices énoncés plus haut. C'est là une des difficultés de la thérapie de l'anorexie : déplacer le discours du poids vers l'univers des émotions, sans que la personne y voit une menace ou un danger, pour son intégrité ou la place qu'elle a obtenu de haute lutte. Prendre conscience que ce qui était sensé apporter protection et réalisation de soi est devenu une prison, voire un tombeau.

 

Une thérapie de ce type d'anorexie abstinente est un peu comme de jouer au chat et à la souris, l'anorexique courant à droite et à gauche (les kilos par ci, les calories par là), le thérapeute la poursuivant désespérément avec ses émotions et ses questions dérangeantes. C'est ainsi que nombre de personnes anorexiques usent quelques psychiatres avec dextérité et facilité et développent des capacités formidables (conscientes et inconscientes) à manipuler tout ce qui vient évoquer autre chose que que le sujet de choix : le poids. La thérapie de l'anorexie, pour être efficace, doit être éminemment stratégique (cela la rend également passionnante). Il est par contre difficile d'exposer les détails de ce type d'approche sur un site internet, car la souris peut lire ces lignes et le chat se trouver attrapé comme un gros malin au rendez-vous suivant.

 

Globalement, dans cette catégorisation abstinente de l'anorexie, les objectifs entre autres seront de réintroduire la vie émotionnelle pour que l'anesthésie ne soit plus nécessaire et de recadrer les relations pour que les bénéfices secondaires s'estompent.

 

 

Source: www.troublesalimentaires.org

 

 

 

 

 



16/06/2010
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