Jessica L. Nelson : "Tu peux sortir de table, un autre regard sur l'anorexie"

 

 

 

Jessica L. Nelson sort «Tu peux sortir de table, Un autre regard sur l'anorexie» (Fayard), son témoignage et son enquête sur une pathologie avec laquelle elle entretient une relation complexe. Elle vous a répondu:


 

 

SARA | 31.03.2008
Bonjour Pensez vous que le refus de s'alimenter uniquement dans certaines circonstances puisse être considerer comme de l'anorexie?


Difficile, votre question ! Ca dépend des circonstances, d'abord. Mais d'une façon générale, je ne crois pas qu'on puisse parler d'anorexie lorsqu'il s'agit d'une perte d'apétit lié à une situation, à une émotion passagère. Ou même à une configuration particulière à table, par exemple. L'anorexie est une obsession et une addiction.  



ShadowsOfDoubt | 31.03.2008
pourtant dans les pays ou les canon de la mode ne sont pas les top modèle maigrelette que nous avons je n'ai jamais entendu parler d'anorexie la bas... étrange non.


C'est vrai. Mais indépendamment de la société de consommation (et donc, des pays où l'industrie de la mode génère l'image de la femme dont vous parlez), je crois qu'on doit se pencher sur les pays de culture judéo-chrétienne, où le rapport corps-esprit-réincarnation est particulier. L'ascèse et la quête de pureté, l'abstraction du corps et la conscience de celui-ci, sont étrangement semblables à la démarche de la jeune anorexique... Et les anorexiques les plus célèbres ne sont-elles pas les saintes de la religion catholique ? Des femmes pieuses... Je pense à Catherine de Sienne, notamment. Mais il y en a d'autres... Vraiment, essayons de réfléchir à ces 2 parallèles plutôt que de ne s'en tenir qu'à l'équation : société de consommation + mode = anorexie. 



Cindaie | 31.03.2008
Hi Jessica, J'aimerais savoir combien de temps tu as été anorexique et quand l'as-tu vraiment su et accepter.


Je suis tombée malade à l'âge de 15 ans. La période très dure était entre mes 15 et 18 ans. Puis je suis partie de chez mes parents, pour étudier, et cela a été mieux... Tout de suite, j'ai su que j'étais malade. Je n'ai pas été dans le déni, mais dans un constat un peu fataliste et qui réjouissait la partie un peu «sadique» de moi-même. Je ne disais pas «je suis anorexique» mais «j'ai un comportement anorexique» parce que j'ai toujours pensé que cela ne me poursuivrait pas toute ma vie. Que c'était un passage obligé, mais pour grandir... Curieuse logique. Je ne me doutais pas que l'anorexie me grignoterait ainsi, par la suite. 



Sandrine08 | 31.03.2008
Une anorexique trouve-t-elle un moyen d'exister a travers cette pathologie? Ne croyez vous pas que cette maladie constitue un bouclier sur le monde extérieur? Ma soeur aura bientôt 40 ans ,elle n'accepte aucun traitement ne voit plus de psy et est a l'invalidité a cause de cette maladie, comment la faire sortir de ce cercle vicieux alors qu'elle ne le souhaite pas réellement? Comment lui faire prendre conscience qu'elle gâche sa vie?


Tout à fait le bon mot. Kristeva en parlait (voir le livre de Tonnac et Pommereau) comme d'un château fort qui érige des barrières pour se protéger. Concernant votre soeur, je crois qu'il est de plus en plus dur de l'aider parce que l'anorexie qui s'installe au fil des années devient comme une «habitude», une manière d'être au monde... Mais peut-être peut-on garder à l'esprit ceci : moi-même, mes proches ne m'ont pas aidée en me disant que faire ou en essayant de m'ouvrir les yeux. Je me me considérais comme «médecin de moi même», et la maladie était un face à face avec moi. Je ne tolérai aucun conseil... et lorsque j'ai réalisé, quand ma mère m'a dit presque en dédramatisant «tu peux sortir de table, tu as fini tes 3 petits pois», c'est là que l'anorexie, mon arme contre les miens, était moins efficace... donc je l'ai moins utilisée. Dans le cas de votre soeur, est-ce qu'un art ou un moyen d'expression quelconque a été envisagé? 



al07 | 31.03.2008
Bonjour, Vous parlez des projets que l'on se fixe et qui font reculer l'anorexie. Mais la part de réussites dans ces projets amoureux et professionnels doit être un plus pour s'éloigner de la pathologie? Comment se fixer sur autre chose que la disparition quand les tentatives pour s'extraire de l'anorexie échouent? Cette maladie détruit l'estime de soi et ne semble donner de la force que quand la malade se plie aux lois de l'anorexie. C'est un peu comme si toute la réussite n'avait été que l'anorexie. Je ne suis pas sûre d'être claire... Vouloir guérir, refuser de souffrir encore vu ce qu'on a enduré, oui. Mais dans la pratique... Avez-vous rechuté avant d'avoir la certitude de ne plus retomber? Y a-t-il eu, dans la pratique, en dehors du choc de la remarque de votre mère, une étape qui aurait mis des barrières à un retour en arrière? Une étape que vous pourriez conseiller?


C'est vrai que l'estime de soi en prend un coup. Je ne peux parler que pour moi, mais les passions pour la littérature et l'art m'ont sauvée, c'est vrai. La volonté d'avoir un métier que j'aime. J'ai commencé à me désintéresser de mon moi anorexique, l'obsession a commencé à reculer lorsque j'ai quitté le foyer familial pour étudier, que je me suis forcée à aller vers le monde extérieur (autant dans les études que dans les restaurants !) Tout ça est si long, je comprend qu'on ne comprenne pas exactement ce que j'explique au sujet du «positif» que l'on peut tirer de l'anorexie. Ce qui m'a beaucoup aidée aussi, c'est l'amour. C'est une nouvelle vie. De nouveaux repères. Et surtout, lorsque je me suis dit que «vouloir à tout prix guérir» ne m'était pas indispensable, tout simplement parce que ça n'est pas parce qu'on le décide que ça se produit. Je me suis donnée le temps de guérir, en ne me donnant pas le but de guérir mais d'évoluer dans la vie à peu près normalement. 



Sweety | 28.03.2008
Votre époque est belle et bien révolue et vos remarques d'un autre temps! Comment peut-on oser dire que l'on décide d'être anorexique! «Se décider à être anorexique comme on déciderait de changer de look! Passons...» Non ne passons pas! Ramener notre état physique et psychologique à un phénomène de mode est insultant et réducteur! Certes être mince est un dictat avéré que la majeure partie d'entre nous essai de respecter et de suivre mais de là à dire que l'on choisit d'être malade, maigre et mourante il y a une marge! C'est un cercle vicieux, un tourbillon, qui nous emporte et nous porte. C'est un venin qui s'insinue sans que l'on sache vraiment pourquoi, comment! La volonté... Parlons en de la volonté! Excusez nous du peu madame si nous autres pauvres égoïstes, inconscient et nombrilistes sommes dépourvues de cette qualité... Mieux vaut lire ceci que d'être aveugle? Ces mots sont des insultes, ces mots sont des violences qu'il n'est vraiment pas utiles et bienvenues de nous balancer! Félicitations, si vous vous en êtes sortie! Voulez-vous une médaille? Ne pouvez-vous pas mettre votre expérience au profit des malades plutôt que de leur cracher vos insultes et votre guérison au visage! Pensez vous qu'en vous lisant nous trouvions le courage de nous battre un peu plus?


Sweety, je ne pense pas qu'on veuille devenir anorexique, loin de moi cette pensée! Dans «Tu peux sortir de table», je tente d'expliquer qu'au contraire, il ne s'agit pas d'un caprice lié à la mode... Que l'anorexie s'apparente à une quête de pureté, à un dialogue particulier même si la bouche se ferme et que le corps se replie sur lui-même. C'est effectivement un cercle vicieux, un venin. Mais je pense aussi que dans l'anorexie, il y a une volonté de fer, une détermination, qui peut être mise au service d'autre chose que la destruction de soi. Une des jeunes femmes que j'ai interrogée me le disait : elle était certaine que son vécu ne serait pas vain, qu'il lui apporterait quelque chose. Et c'est aussi ce que j'ai voulu quand j'ai décidé d'écrire ce livre. C'est montrer qu'il y a de l'espoir. Que l'on peut parvenir à comprendre certains mécanismes de l'anorexie, déclencheurs ou qui se manifestent au coeur de la tourmente. Loin de moi l'idée de faire valoir ma guérison... Je voulais simplement que l'on cesse de parler de maigreur et de diktat de la mode. De suicide et de démission.  



Paracétamol | 27.03.2008
J'essaierai de lire votre livre. Ce n'est pas gagné... Dur-dur de se replonger dans les sentiments et ressentis d'une période pareille de sa vie... Vous avez le parcours que j'ai toujours rêvé d'avoir. Quelle chance avez-vous de vivre (en partie ?) de votre plume?


J'ai moi-même eu du mal à me replonger dans cette période douloureuse de ma vie, dont je pensais à une époque que je ne me relèverai pas. Je me suis dit «je suis plus ou moins guérie, à quoi bon revenir là dessus?» Or, en écrivant, cela n'a pas été simple mais cela m'a permis de faire quelques pas supplémentaires... Je suis convaincue qu'il faut s'exprimer, lorsque l'on est touché par l'anorexie, d'une façon ou d'une autre, avec les moyens que l'on a à disposition (le mien, c'était effectivement l'écriture). Le problème est que les familles et les jeunes femmes, souvent, ont honte... n'osent pas. J'ai eu une chance formidable, celle d'avoir des parents qui assumaient la tête haute. Parce qu'ils m'aimaient. Et du coup, je n'ai pas eu honte d'en parler, et quelques années après, d'écrire là-dessus. L'anorexie n'a rien de honteux. 



fonali | 28.03.2008
Depuis que je suis amoureux d'une fille, j'ai complètement perdu l'appétit je ne mange que très peu. Pensez-vous que je pourrai changer cela?


Est-ce que votre manque d'apétit est vraiment de l'anorexie ? Des tas de gens perdent l'apétit à cause de trop d'émotion, ou mangent trop pour combler une angoisse émotionnelle... Notre psychique se répercute, j'en suis convaincue, de façon presque animale sur notre alimentation et notre façon de nous nourrir... Et cela, parce que la nourriture est un des premiers contacts que nous avons avec le monde extérieur, à la naissance. Et puis, ne dit-on pas vivre d'amour et d'eau fraîche ? :-)  



Mapy | 28.03.2008
L'anorexie est une maladie que je cerne difficilement. Quelle est la démarche intellectuelle ou psychologique qui fait, qu'un jour, on se refuse à la nourriture? Quel est le lien entre la nourriture et le mal-être? À partir de quand peut-on se considérer comme anorexique?


La façon de se nourrir est comme un mode d'expression. Dis moi qui tu manges... Dans l'anorexie, je pense que le refus de se nourrir équivaut à un "non" ferme et définitif au reste du monde, et notamment à la famille. Pour ma part, c'était le moyen de brouiller les repères de toute ma famille, de dire stop, de faire table rase du passé pour se tourner résolument vers un ailleurs. Vers de la nouveauté. Et j'ai pris les miens en otage. A partir de quand peut-on se considérer anorexique ? Les limites sont ténues, difficiles, incertaines... Mais il me semble que dès lors que la nourriture devient un problème récurrent (difficultés à s'alimenter en public, à aller au restaurant ou chez des amis pour dîner) c'est inquiétant. Dès lors que la nourriture envahit l'esprit et devient une obsession qui passe devant tout le reste (ce fut mon cas jadis)  



Lily | 28.03.2008
Visiblement ça va mieux. Mais des questions me préoccupent. Quand on va mieux, que reste-t-il (s'il reste des points délicats)? Pour vous, par exemple: Est-ce qu'il y a des aliments que vous ne pouvez toujours pas manger? Est-ce que manger en public est toujours délicat pour vous? Est-ce que la peur d'être grosse, de grossir vous fait toujours peur?


Il me reste toujours des aliments tabous (féculents, notamment) et naturellement, j'évite les plats en sauce ou qui me semblent trop gras. Mais mon bras de fer avec ces aliments que je voyais comme dangereux est de moins en moins douloureux ! Il y a un an, je prétendais ne pouvoir prendre de dessert à table. J'avais déjà commencé à écrire "Tu peux sortir de table". Eh bien, force m'est de constater qu'aujourd'hui, je me suis trompée... je suis capable de prendre un dessert, sans compter les calories, sans culpabiliser. C'est encore étrange pour moi, et très émouvant même... Si si ! En revanche, je crois que s'il y a un point sur lequel je ne ferai plus vraiment de progrès, c'est effectivement l'angoisse un peu latente et diffuse de grossir. Mais ça ne m'empêche plus de manger ! Et puis, en dernier lieu, je crois que le poids, la maigreur et les calories ne sont que la partie visible de l'iceberg. L'anorexie masque tant d'autres dimensions, et, paradoxalement, des apétits... 



Gpasdepseudo | 31.03.2008
Bonjour Jessica. Est-ce que cette maladie vous suit toute votre vie ou peut-on à un moment donné (soit après traitement médicamenteux, psychothérapie...) se dire "ça y'est j'en suis débarrassé" avec la certitude de ne jamais rechuter? Est-ce qu'il existe des personnes âgées (70 ans ou plus) qui deviennent l'anorexique?


Je crois sincèrement que l'anorexie est un peu comme une brique de la construction personnelle. Pour ma part, cette pathologie, les souvenirs que j'en ai et la façon dont elle a envahi mon adolescence et mes premiers pas dans l'âge adulte, fera toujours partie de moi. Simplement, elle n'est plus dangereuse comme par le passé. Avec le temps, avec les joies et les projets que l'on se fixe, l'anorexie recule, se tait, vous laisse tranquille. Je suis certaine de ne jamais rechuter pour la simple et bonne raison que j'ai trop souffert, de cette obsession mentale d'une part, et des séquelles physiques d'autre part. Aujourd'hui, je suis quasiment incapable de sauter un repas, cela m'angoisse ! Instinctivement, dans un mouvement d'auto-protection, mon corps refuse d'avoir à nouveau froid, d'être à nouveau fragile, comme lorsque je pesais une vingtaine de kilos de moins... 



D ailleurs | 30.03.2008
Avez-vous finalement pu trouver la raison profonde, s'il y en a une, de votre anorexie? Pensez vous que cette raison soit partagée par toutes les autres personnes anorexiques? Diriez-vous que cette maladie est d'ordre uniquement mental? un cercle vicieux? Est ce que vous pensez pouvoir rechuter? Sinon qu'est ce qui vous empêcherait de rechuter? Quels sont les facteurs déclenchants? Votre livre répond à ces questions?


Oui, il y a des paramètres communs chez les jeunes femmes anorexiques. C'est d'ailleurs frappant de constater à quel point elles "agissent pareil". Souvent le "background" familial est le même (cf. précédente question, avec la notion de bébé boulet, de difficulté à trouver sa place dans la famille, avec aussi parfois une influence très nette des régimes alimentaires imposés par les parents comme le végétarianisme, le bio, etc.) Mon livre est divisé en 3 parties : Avant (je tente d'éclairer sur les facteurs qui prédisposent à cette pathologie mentale), pendant (comment la maladie se manifeste, ce que l'entourage peut faire, ce que veulent dire certains mécanismes, pourquoi l'anorexie est aussi un cri d'adolescence) et après (les déclics salvateurs, la route vers un "aller mieux", les dernières séquelles). 



sylvie | 31.03.2008
Ma soeur est anorexique depuis l'âge de 25 ans. Agée aujourd'hui de 37 ans, elle ne mange toujours pas normalement même si elle a eu des enfants entre temps et qu'elle voit une psy depuis plusieurs années. Pensez-vous qu'on puisse vraiment en sortir un jour? Cela dépend-il du type d'anorexie et de personne?


Je pense que plus l'anorexie est déclarée et assumée tardivement, plus il est difficile de s'en défaire. L'anorexie devient comme une seconde peau, une identité construire de façon personnelle, chèrement et chairement acquise... Mais comment votre soeur vit-elle son anorexie ? En a-t-elle honte, cela lui pose-t-il de graves problèmes de fonctionnement au quotidien ? J'ai lu dans l'excellent livre de Xavier Pommereau et Jean-Philippe de Tonnac "Le mystère de l'anorexie" que parfois, vouloir à tout prix supprimer le symptôme peut entraîner, au lieu d'une guérison, la chute du malade toujours plus bas... Si votre soeur ne mange pas tout à fait normalement mais qu'elle n'est pas physiquement en danger, doit-on absolument lui demander de guérir - d'être "normale" ? C'est une question que l'on doit se poser, je pense...



Shaabz | 31.03.2008
Ne pensez-vous pas que la mode maigreur de ce début de XXIème siècle est l'enzyme qui catalyse l'avancée de la maladie chez les jeunes femmes? Si la mode était aux femmes de forte corpulence, croyez-vous que l'anorexie serait une pathologie mise en exergue dans la population 15-25 ans?


L'anorexie a toujours existé, que la mode soit favorable aux rondes ou aux minces - aux maigres. L'anorexie est diagnostiquée depuis Hippocrate... Ce qui est certain, c'est que l'image de la femme véhiculée par l'industrie de la mode et les médias (des défilés aux multiples pages vantant les produits et crèmes minceur miracles dans les magazines) n'aident pas les jeunes femmes, et précipitent une spirale très dangereuse. Elle peut même contribuer à "appuyer" le discours des jeunes femmes. Moi-même, je récupérais le discours hygiéniste ambiant et je brandissais les photos de brindilles pour étayer mes arguments, sous le nez de mes parents. Même si, j'en suis convaincue, l'anorexie n'est pas une affaire de mode.



elefantomas | 31.03.2008
Une question simple (peut être même bête): Comment cette pathologie commence ? Quels sont les éléments déclencheurs?


En interrogeant d'autres jeunes femmes, en interrogeant ma propre expérience, je me suis rendue compte qu'il y avait beaucoup de facteurs communs, notamment dans la petite enfance et dans la pré-adolescence. Souvent, les jeunes femmes qui basculent dans l'anorexie ont des problèmes de légitimité à être et à vivre au sein de leurs familles. Elles sont parfois ce que j'appelle des "bébés boulets", n'ont pas été désirées ou sont convaincues d'être nées par erreur. D'autres ont subi des agressions sur le plan physique, ce qui contribuent à brouiller leurs repères de féminité. Le corps agit, dans tous les cas, comme un château fort qui érige des barrières pour se protéger du monde (cf. Julia Kristeva).



Sonia | 31.03.2008
On a souvent entendu dire que l'anorexie était bien plus qu'un problème d'image, mais serait d'abord et avant tout un besoin de tout contrôler à commencer par la nourriture que l'on se permet et l'autodiscipline que l'on s'inflige. Avez-vous besoin de contrôler tout dans votre vie?


J'ai eu besoin de tout contrôler pendant des années. Heureusement, aujourd'hui, cela va mieux... C'est vrai que l'anorexie, j'entends, le jeûne et le contrôle de soi par rapport à la faim (sensation qui finit par disparaître) est jouissif. On a l'impression d'être sur-humain, sur-puissant... L'angoisse que l'on procure aux proches, dans cette maladie, est également un moyen de "tout contrôler". C'est pour cette raison que je pense que ceux qui prétendent que l'anorexie est une démission se trompent. Il y a au contraire, selon moi, la tentative de "tout reprendre en main". Un des déclics, pour moi, fut de constater que peu à peu je lâchais prise vis-à-vis de la nourriture, de mes ambitions. Et quel bien cela m'a fait!



panchito | 20.03.2008
Existe-t-il des hommes anorexiques, on en voit jamais dans les reportages?


Bonjour Panchito. C'est vrai qu'on parle très peu de l'anorexie masculine, même si elle a été décrite par Morton depuis 1694. Sans doute parce que l'anorexie touche beaucoup plus les femmes! Mais on se demande aujourd'hui si le nombre n'est pas sous-estimé. Moi-même je connais des hommes qui ont des comportements d'anorexiques typiques, mais que l'on ne qualifi e pas d'anorexiques parce que leur poids est raisonnable...



elicec | 25.03.2008
Bonjour, j'ai mis le doigt dans cet engrenage, et j'y suis restée près de deux ans. Aujourd'hui, j'en suis sortie depuis près de deux ans, mais j'ai toujours le sentiment que «ça» reste là, en moi et que finalement, on ne sort jamais vraiment de cette maladie. Est-ce seulement trop tôt pour oublier tous les réflexes ou doit-on faire attention toute sa vie à ne pas retomber?


Chère Elicec C'est difficile de sortir de l'anorexie, parce qu'elle finit par constituer une part de votre identité, chèrement ou chairement acquise... mais je suis sûre qu'on peut, au fil du temps, s'en sortir réellement. Et qu'on peut considérer l'anorexie comme une «brique» de la maison, mais qui devient de moins en moins dangereuse...



elicec | 27.03.2008
Bonjour, Je suis allée sur ses sites pro-ana. Qu'en pensez-vous aujourd'hui ? Je les trouve particulièrement inquiétants pour ma part.


Chère Elicec Je trouve les sites pro-Ana particulièrement dangereux, en ce qu'ils génèrent motivation/compétition entre les jeunes femmes, toujours portées sur l'excellence et... le rang numéro un (peu importe le domaine, et l'anorexie en fait partie). Ensuite, ce qui me paraît très pervers, c'est que les sites pro-Ana érigent l'anorexie en une forme de religion, présidée par une Déesse toute puissante qui pose un regard et un jugement sur chacune. Or, il y a souvent dans l'anorexie, chez certaines jeunes filles, un élan «spirituel», d'ascèse, qui peut trouver écho dans cette manière d'opérer des sites pro-Ana...



Darling | 26.03.2008
Bonjour Jessica, Je suis une ancienne Pro-Ana (tombée comme beaucoup dans ce cercle pour perdre facilement du poids), j'ai perdu 18kg en 3 ou 4 mois, j'étais heureuse, j'animais des forums etc, je me disais que j'arrêterais dès que ça irait mieux, et malheureusement je ne m'en suis pas sortie... Je suis toujours dedans et je ne pense «QUE» à ça, ce qui finalement est lourd. Affronter le regard des autres etc... Quand ça va mieux, et que je souhaite manger normalement, c'est finalement l'entourage le pire des remèdes: qui se jettent sur l'assiette pour VERIFIER et qui finalement ne fait que empirer les choses car je suis têtue (et oui). Je sais que je peux me soigner seule, je remonte doucement mais mes proches ne font que me faire reculer en me soupçonnant... (Comme si je faisais des petits crimes) Je crois que la pire chose dans cette maladie, c'est le regard des autres qui dit «Tu fais une bêtise» alors qu'on est juste malade... Je m'achète ce livre en sortant du travail, Merci de parler!


Chère Darling Ce qu'il y a de plus difficile, dans l'anorexie, dans ce que j'ai vécu et ce que vous vivez, c'est de se sentir épiée... Mais on y coupe rarement. D'abord parce que l'anorexie suscite l'inquiétude. Ensuite parce que cette pathologie est tellement influente sur le plan social (j'avais du mal à manger en public, et j'étais bien plus à l'aise en étant seule - et je m'affais moins lorsque j'étais seule à table!) L'anorexie, j'en suis convaincue, est une affaire entre soi et soi et malheureusement, par un amour maladroit, les autres s'en mêlent. Peut-être pouvez-vous l'expliquer à vos proches.

 

Source: www.20minutes.fr

 

 

 

 

 



19/06/2010
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