Gérard Apfeldorfer: L'option régime de Dukan au Bac

 

Le Dr Dukan, nutritionniste, a soulevé un tollé le 4 janvier dernier en publiant une « Lettre au futur président de la République » dans laquelle il conseille d’intégrer une option poids d’équilibre au baccalauréat. « Stigmatisation », « culpabilisation » : réaction du psychiatre spécialiste des troubles du comportement alimentaire, le Dr Gérard Apfeldorfer.

 

Terrafemina : Quelle a été votre première réaction en lisant la proposition du Dr Dukan d’intégrer une option « poids d’équilibre » au baccalauréat ?

 

Gérard Apfeldorfer : Je suis consterné et écœuré. Le docteur Dukan ne fait que pousser une logique déjà trop présente dans notre société jusqu’à la caricature, à savoir privilégier l’apparence et le culte du régime. Nous sommes dans un système où le poids est vu comme un signe de notre valeur personnelle. Une personne mince l’est parce qu’elle a la volonté de l’être, une personne en surcharge pondérale l’est uniquement par manque de volonté : telle est la logique dukanienne. Il s’agit d’une façon totalement erronée de voir les choses. Cette proposition d’option « poids d’équilibre » au baccalauréat est catastrophique, elle fait croire aux adolescents qu’avec un peu de volonté le contrôle de leur poids est possible et qu’ils glaneront ainsi des points dans le cadre scolaire. C’est totalement loufoque.

TF : Est-ce selon vous un discours dangereux pour les adolescents ? N’y a-t-il pas de risque de stigmatisation et de culpabilisation ?

 

G.A : Bien sûr que si ! Ce type de proposition ne fait que stigmatiser et discriminer encore plus les adolescents qui connaissent des problèmes pondéraux. Cela va de plus angoisser ceux qui n’en n’ont pas. En faisant croire que le poids est une question de contrôle, de maîtrise permanente et de régime cela ne fait qu’aggraver la situation. Les études montrent en effet que les régimes sur le long terme donnent des résultats catastrophiques. L’ANSM a ainsi rapporté en 2010 que les régimes amaigrissants ont non seulement des effets négatifs sur le poids à long terme avec des prises de poids supérieures au poids de départ, mais également qu’ils entraînent des problèmes d’estime de soi ou encore des troubles alimentaires. Malgré cela notre société est totalement imprégnée de cet esprit de contrôle pondéral, d’appel permanent à la volonté. Or on ne mange pas comme cela ! Il faut manger en fonction de ses sensations alimentaires et non de ses émotions. Le problème aujourd’hui est que beaucoup de personnes ne savent plus entendre leurs sensations alimentaires et répondent à leurs difficultés psychologiques par la nourriture.

TF : Selon vous laisser croire aux ados que l’on peut décider de son poids est illusoire.

 

G.A : En effet, notre poids résulte à la fois de la génétique, de notre mode de vie et de notre histoire pondérale. Il faut savoir que l’accumulation des régimes conduit à une élévation du poids d’équilibre : cela signifie qu’il n’y a pas de retour possible, une fois les régimes entamés le corps ne retrouvera pas son poids d’équilibre d’origine. La solution ? Ne pas faire de régime ! Reste qu’il faut faire attention à différencier le fait de manger pour préserver sa santé ou pour préserver son poids. La vraie méthode : manger varié. Par ailleurs, cette éducation alimentaire est le rôle des familles. Contrairement à ce que propose le Dr Dukan, je suis convaincu que cela n’est pas du rôle de l’Education nationale de prendre en charge l’éducation de nos enfants sur le bien-manger.

 

Source: terrafemina.com

 


 



10/01/2012
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