Cinq anorexiques répondent à vos commentaires sur le web


 

Un article a été publié il y a quelques jours sur la loi qui entendait interdire les blogs « pro-ana ». Informer sur ce que peuvent écrire et dire les pro-ana relève de la nécessité.

Nous sommes Les Filles du calvaire. Cinq jeunes femmes qui ont souffert ou souffrent encore de troubles du comportement alimentaire. Loin de nous l'idée de démentir. Loin de nous l'idée de cautionner.

 

 

Les commentaires nous ont blessées

 

Ce sont les commentaires qui nous ont profondément blessées. Intolérants et relevant d'une méconnaissance totale de la problématique des troubles du comportement alimentaire. Parce qu'avec tous les stéréotypes, ce sont les malades qui sont décrédibilisés et leur souffrance rendue illégitime à grands coups d'amalgames affreusement simplistes.

Les pro-ana prônent donc l'anorexie comme mode de vie, la maigreur comme idéal de beauté à atteindre par n'importe quel moyen et à n'importe quel prix. Elles se retrouvent en communauté sur leurs blogs ou sur des forums et s'encouragent mutuellement à devenir ou à redevenir de « bonnes » anorexiques. La limite est ténue entre les pro-anas et les filles qui souffrent d'anorexie : elles ont le point commun de focaliser leur attention sur la nourriture.

Mais en dehors de ça, rien ne les lie. Parfois les secondes fréquentent les forums des premières lorsque la boulimie a pris le pas sur l'anorexie. Des jeunes femmes qui ont été anorexiques et qui ont basculé dans la boulimie avec ou sans vomissement. D'autres se déclarent pro-ana sans avoir eu de troubles du comportement alimentaire.

 

 

Sur Internet, nous nous sommes soutenues

 

Parce que si la fierté malsaine de l'anorexie maintient un sentiment de maîtrise, la boulimie remplit de honte. Parmi celles qui ont déjà des troubles du comportement alimentaire, et elles se comptent sur les doigts de deux mains, rares sont celles dont on peut affirmer qu'elles sont tombées malades à la suite d'un simple régime.

Ayons le courage de tordre le cou aux idées reçues et soyons un peu plus réfléchis que la face émergée de l'iceberg qu'est la maigreur. Nous sommes convaincues que les lecteurs de Rue89 ont encore un peu d'esprit critique.

Il y a quelques années, toutes les cinq, nous sommes reconnues au travers des lignes de nos blogs respectifs, puis avons fréquenté un forum sur lequel nous nous retrouvions pour partager un peu de notre quotidien, pour trouver de l'entraide. Parce que nous étions figées dans un mutisme qui n'a d'égal que le calvaire de notre quotidien, nous avions besoin de sortir de l'isolement...

Sur Internet, nous nous sommes connues, soutenues dans la lutte pour un mieux-être, réjouies d'en voir certaines aller mieux. Ce qui distingue les anorexiques/boulimiques de la mouvance pro-ana qui sévit peu mais déjà trop.

 

 

Survivre au marasme du quotidien

 

Ce trouble médiatisé qu'est l'anorexie, parfois simple voisin de la boulimie mais souvent colocataire, n'est jamais le résultat d'une simple diète comme un certain nombre de femmes la pratique. Certes, parfois les régimes finissent mal et le retour en arrière – à une nourriture-plaisir – est tâche ardue. Mais les raisons ne sont pas les mêmes.

La nourriture est une addiction comme une autre. On ne se drogue pas par hasard. Celle qui souffre d'anorexie et/ou de boulimie n'est pas une capricieuse ne tenant pas compte de la misère et de la famine dans le monde. Ce n'est pas parce que nous n'avons pas faim que nous ne mangeons pas. Ni parce que nous méprisons ce qui se trouve dans l'assiette.

Les troubles du comportement alimentaire prennent racine dans un passé chaotique, où ont été semés des cailloux ne nous ayant pas permis d'avancer comme la plupart des autres. Il a fallu trouver un plan B pour survivre au marasme de notre quotidien.

Ce passé trouble, cette enfance bancale (violences physiques et/ou psychologiques, mauvaise estime de soi, viol(s), maltraitance, perte d'un proche) nous ont poussées à un moment donné à adopter un système de protection contre le milieu hostile dans lequel nous avons évolué.

Paradoxal, notre façon de nous défendre – nous priver du vital – nous a permis de rester en vie. Toiser la mort par le contrôle restrictif de la nourriture pour pouvoir tenir, face à la réalité glauque de nos vies.

 

 

Sauver nos peaux en cessant de manger

 

La survie dans le silence, dans l'effacement et la solitude provoqués par la somme de choses qui sont survenues alors que nous avions l'insouciance des enfants.

Nous avons connu l'absence, le manque d'affection, les séparations, les divorces, les angoisses d'adultes qui auraient dû n'avoir d'autre rôle que celui de nous épauler. Et nous aurions pu fuguer, devenir des adolescentes alcooliques et/ou cocaïnomanes, nous jeter du haut d'un pont ou sous les rames d'un métro. Non, nous avions inconsciemment ce quelque chose qui a fait que nous avons focalisé toute notre attention sur l'essence de la vie : la nourriture.

Rien de plus terrible que d'être devant notre réalité. Et occuper nos esprits en comptant, trichant, usant et abusant de la balance, permettait de ne pas voir l'horrible, l'inimaginable : notre détresse et les abandons. Nous avons sauvé nos peaux en cessant de manger.

Nous ne sommes pas sorties d'affaires, mais nous revenons de loin. Et sans être parties d'un régime pour imiter les mannequins. Nous avons écrit « Le Ventre vide, le froid autour » (éd ; Eyrolles) pour tendre la main à d'autres qui comme nous ont un jour arrêté de manger, aux proches désemparés et en souffrance au quotidien, au corps médical qui trop souvent nous enferme et nous gave pensant que le poids est le seul problème. Mais aussi informer ceux qui méconnaissent ce que nous vivons ou avons vécu.

 

Les Filles du Calvaire : Lucie, Véronique, Claire, Anne-Laure et Aurore

Source: www.rue89.com

 

 

 

 

 

 

 



23/11/2011
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