Amélie Nothomb: un lien entre anorexie et écriture

 

                                   

 

 

Dans son 19e roman, Amélie Nothomb, la narratrice, reçoit une lettre d'un certain Melvin Mapple, un soldat américain obèse en poste à Bagdad. C'est le début d'« Une forme de vie » (Albin Michel), un récit épistolaire.

 

Le Nouvel Observateur.- Quel a été le point de départ de ce livre ? Est-ce une histoire vraie ?

 

Amélie Nothomb.- Pas du tout. Le point de départ est un petit article de journal lu à Philadelphie en février 2009. Il titrait : « Epidémie d'obésité dans l'armée américaine basée en Irak ». Ça m'a profondément intriguée. J'ai eu envie d'en parler mais je ne savais pas comment. Et puis le 2 mars 2009, dans une chambre d'hôtel à Barcelone, je suis tombée enceinte de ce livre. C'est ainsi que le soldat obèse a débarqué.

 

N.O.- La question de l'obésité et de l'anorexie est récurrente dans vos romans ?

 

Amélie Nothomb.- C'est vrai que la figure de l'obèse traverse mes livres, d'« Hygiène de l'assassin » aux « Catilinaires ». J'admire le pouvoir d'opacité de l'obèse dans un monde où règne une idéologie de la transparence... L'anorexie, évidemment, c'est du vécu. Mais tous les anorexiques vous le diront : c'est fou ce qu'on se sent proches des obèses. C'est la même pathologie inversée, liée à une même impossibilité d'assumer le corps. Il y a un lien étrange entre anorexie et écriture. Je serais incapable d'expliquer comment mais je sais que j'ai fini par me sortir de mes problèmes alimentaires en écrivant.

 

N.O.- Vous dites : « Je suis épistolière depuis bien plus longtemps que je ne suis écrivain, et je ne serais probablement pas devenue écrivain (...) si je n'avais été d'abord, et si assidûment, épistolière. »

 

Amélie Nothomb.- Oui, c'est pourquoi le livre traite de ce lien humain très particulier qu'est la correspondance. Je parle bien sûr de la correspondance par lettres. C'est aussi un livre sur certains phénomènes qu'elle crées, en particulier la construction d'une identité par affabulation. Internet a favorisé ce phénomène mais il existait avant. En dix-huit ans de correspondance assidue avec mes lecteurs, j'ai eu affaire à un grand nombre d'affabulateurs.

 

N.O.- Justement, vous recevez un courrier pléthorique et vous avez un type de relation très particulier avec votre lectorat?

 

Amélie Nothomb.- Oui, à ma connaissance, il n'y a pas d'écrivain qui entretienne une correspondance aussi assidue et aussi profonde avec ses lecteurs. D'autant qu'avec moi rien ne passe par internet. Je ne reçois que du courrier papier. Cette spécificité n'est pas gratuite. Il y a un caractère secret dans la lettre qui n'existe pas sur internet, où l'on écrit souvent pour que ça se voie.

 

N.O.- Ecrire, c'est écrire pour les autres?

 

Amélie Nothomb.- Au moment où j'écris un livre, je ne sais jamais s'il s'adresse à un lecteur ou s'il ne s'adresse qu'à moi. C'est très mystérieux. Le fait que j'écrive quatre heures par jour depuis plus de vingt ans m'échappe complètement. Je suis en train d'achever mon 69e roman. Cela paraît incroyable mais c'est la pure vérité. J'ai calculé que j'écris 3,7 livres par an. Mais je suis loin d'avoir envie de tout partager. Je publie peu par rapport à ce que j'écris.

 

N.O.- Chacun de vos livres est différent mais on y retrouve la même veine satirique...

 

Amélie Nothomb.- Oui, chez moi c'est carrément une tessiture, à l'instar de celle des cantatrices. J'imagine que je suis plutôt l'équivalent littéraire du soprano. Et qui dit soprano dit légèreté et possibilité de rire. J'adore faire rire. Si on demande à mes parents ce que je fais dans la vie, ils diront que je suis une comique. C'est une seconde nature.

 

Source: bibliobs.nouvelobs.com

 

 

 

 

 

 



18/04/2011
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